Mon français à moi…

C’est assez long mes amis… apportez votre café.

Vivre le français en Irlande, c’est pas nécessairement facile. La langue parlée en Irlande c’est surtout l’anglais, mais il faut préciser, par contre, que le français existe quand même ici. L’Irlande fait partie de l’Europe donc il y a des gens de partout en Europe qui y habite et qui parlent le français.

En Europe, c’est commun pour les gens de parler plus qu’une langue. Les frontières ne sont pas aussi éloignées que celles qui divisent le Canada et ça incite les gens d’apprendre plus de langues. La ligne qui divise le Canada et les États-Unis ne force pas un gros changement linguistique pour la plupart des résidents Canadiens, donc, la majorité des Canadiens sont unilingues.

Les Irlandais ne connaissent pas beaucoup le Canada. Essayer d’expliquer où se situe l’Alberta, Edmonton et Calgary c’est assez compliqué puisque la plupart des gens qui habitent ici ont de la difficulté à conceptualiser la grosseur du Canada. Les points de référence les plus connus sont Toronto et Vancouver donc quand j’explique que Vancouver c’est à environ 12 heures de route d’Edmonton, ils s’imaginent que c’est à l’autre bout du pays.

Si vous voulez vraiment donner de la perspective de vastitude à un Irlandais expliquez leur que si on pouvait changer la forme de la République de l’Irlande, elle rentrerait confortablement dans le Lac Supérieur.

Quand ils apprennent mon nom et que j’explique que c’est un nom Français, on assume que je viens de Montréal. C’est à ce moment là que je surprend les gens en expliquant que je viens d’une province qui est majoritairement anglophone, située loin du Québec.

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Ceinture fléchée et drapeau franco-albertain. Photo ICI Radio-Canada.

Il y a des gens en Irlande qui ont déjà voyagé une partie du Canada, donc ils savent que notre pays est majoritairement anglophone. Il y en a d’autre, par contre, qui pensent que tous les Canadiens parlent le français et l’anglais puisqu’on a deux langues officielles. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

J’ai été assez chanceuse d’être née et élevée en français en Alberta. C’est un environnement minoritaire pour la communauté francophone. Malgré cette réalité, les statistiques de 2016 révèlent une croissance du français en Alberta. On y compte maintenant 79 685 albertains “dont le français est la première langue officielle parlée”. En 2016, il y avait 265 000 albertains qui pouvaient parler couramment le français et l’anglais ce qui représente environ 6,5% de la population albertaine. C’est une hausse d’un peu plus de 12% depuis 2011.

La communauté francophone en Alberta est pleine d’esprit et colorée par des accents qui viennent de partout au monde. C’est tellement enrichissant de grandir et de s’intégrer dans une telle communauté. On en apprend sur les réalités des cultures autour du monde en écoutant les histoires de ce qui ont emmené ces familles à venir au Canada et à s’intégrer en Alberta.

Ce n’est pas juste les histoires internationales qui peinturent notre histoire francophone en Alberta. Les Franco-Albertains de souche peuvent souvent tracer leur héritage à un grand-père ou une grand-mère qui ont traversé le pays il y a longtemps pour s’établir en Alberta.

Une boîte de production à Edmonton, Productions Loft a si bien capturé les débuts de la communauté francophone en Alberta dans le premier mini-documentaire de leur série How to be French en Alberta. J’ai visionné ce vidéo il y a quelques semaines dans l’autobus en me rendant au travail. J’était vraiment pas préparée pour le coup d’émotions qui m’a assommé à ce moment là. L’homme qui était assis à côté de moi m’a regardé d’un regard un peu préoccupé quand j’essuyait les larmes qui n’arrêtaient pas de  couler de mes yeux.

C’est plus qu’un vidéo qui conte l’histoire des Franco-Albertains… c’est vraiment les débuts du développement de l’identité franco-albertaine. C’est une histoire qui évolue et qui n’arrêtera jamais d’évoluer, mais pouvoir retracer ses débuts avec des histoires humaines c’est, pour moi, tellement important.

Ces jours ci, je travaille pour une compagnie de développement de logiciel. Je travaille comme analyste de données spécialisées pour le Canada français. Les données avec lesquelles je travaille à tous les jours contribuent au développement de logiciels de reconnaissance vocale donc j’écoute surtout des données qui viennent du Québec. Ça implique de la transcription mais aussi de dicter des mots et des noms pour enseigner au logiciel comment comprendre des différents accents.

J’ai eu la réflection dans ces moments là que ce n’était sûrement pas un Canadien français qui a catégorisé mon projet. Le Canada français, comme la communauté francophone en Alberta, est colorée d’accents. C’est difficile de placer tous les accents dans une seule catégorie. Il faut juste penser à un Acadien, un Québécois, un Franco-Albertain, un Français et un Congolais qui prononcent le même mot. On parle la même langue, oui. Mais notre façon de parler et de prononcer les mots est parfois tellement différente.

C’est cette réalité là qui a inspiré le slogan des Jeux de la francophonie canadienne qui ont eu lieu cet été passé à Moncton-Dieppe au Nouveau-Brunswick. Le slogan “Right Fiers!” a fait des vagues dans les médias pendant les jeux. Une chronique de Sophie Durocher qui représente Le Journal de Montréal a vraiment fait fumer des oreilles en Alberta. Son ignorance du français en milieu minoritaire déborde dans ses mots quand elle exprime son air outré au fait que le slogan des Jeux contient un mot anglais. Madame Durocher, tirez vous une chaise, “prenez une petite tisane, respirez par le nez, j’ai des petites nouvelles pour vous”.

Le Canada français ne fait pas orbite pas autour du Québec et en faisait la couverture des Jeux, ça aurait dû être très clair pour vous. J’ai déjà participé aux Jeux de la francophonie canadienne (Winnipeg, 2005). J’ai aussi participé aux Jeux francophones du Nord et de l’Ouest en 2004 à Coquitlam en Colombie-Britannique. J’ai été participante dans plusieurs Jeux francophones de l’Alberta pendant ma jeunesse.

Une chose est certaine. Quand les délégations de partout au pays entrent à la cérémonie d’ouverture des jeux en portant leurs couleurs d’équipe et que les cris d’équipe font vibrer les murs, vous auriez dû comprendre que le français est présent partout au pays. Votre chronique est insultante non seulement aux francophones en milieu minoritaires du pays, mais aussi à la profession du journalisme. Une petite recherche Google aurait déjà aidé à peindre le portrait des réalités hors-Québec, mais je doute fortement que vous avez fait une seule recherche sur le sujet.

Éric Doucet, un jeune impliqué dans la communauté francophone en Alberta a écrit une lettre ouverte à Madame Durocher à ce sujet, et je vous invite à la lire quand vous aurez un moment. C’est un texte qui, à mon avis, reflette bien les opinions des francophones en milieu minoritaires. Vous avez complètement mal compris, Madame Durocher, le but des Jeux.

C’est des opinions comme celles de Madame Durocher qui mènent à la division de la culture Canadienne française. Radio-Canada a récemment fait des entrevues avec des jeunes en milieu minoritaires qui dévoilent que ceux-ci sont parfois mal-à-l’aise de parler le français avec des Québecois.

Personellement, j’ai déjà senti ce mal. J’ai fait des échanges culturels avec des communautés francophones du pays quand j’était adolescente, dont un avec un groupe à Drummondville au Québec. Un des participants de l’Alberta avait un accent qui était mélangé avec de l’anglais et ça a pas pris de temps avant qu’un des membres du groupe du Québec lui dise qu’il a un gros accent. Tant qu’à lui, les Québecois n’avaient pas d’accent.

Ce sont ce type d’interaction qui mènent à l’abandon des jeunes de continuer l’éducation dans notre langue. C’est réellement tragique.

Tout ça me ramène au début pour parler de la présence du français en Irlande. Je vis l’ignorance et les commentaires négatifs de ma langue et de mon accent. Je me fais dire que c’est pas le même français – qu’on ne parle même pas la même langue. Je me fais dire que mon français c’est le Québecois. Non plus.

Mon français est unique à moi. Ma Maman vient d’une famille francophone en Alberta. Elle a perdu la plupart de son français en grandissant, mais quand elle a rencontré mon Papa, un Franco-Albertain d’adoption qui venait d’arriver du Québec, elle s’est motivée pour réapprendre le français. Éventuellement, ils ont eu des enfants et ont décidé d’élever leurs enfants en français.

J’ai été éduquée dans des écoles francophones jusqu’à la fin du secondaire. Je me suis impliquée dans ma communauté et j’ai présidé le conseil étudiant à mon école. J’ai complété mes études post-secondaires en anglais dans le domaine des communications et pendant ma vie adulte, j’ai travaillé en français et en anglais. Toutes ces étapes dans ma vie ont influencé mon accent, et les vôtres ont influencé votre accent aussi.

Ma vie en Irlande n’est pas francophone, mais elle est parsemée de français. C’est parfois difficile de faire comprendre qui je suis, d’où je viens et pourquoi j’ai l’accent que j’ai, mais je suis quand même fière de mon accent à moi.

 

 

 

 

Des images de mon parcours culturel francophone. Jeux francophones, échanges culturels (danse et scoutes) et théâtre.

 

 

 

 

Photos de graduation d’écoles post-secondaires.

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Travail à Radio-Canada. Photo ICI Radio-Canada.
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